Écolonomie – Entreprendre sans détruire, d’Emmanuel Druon

Réédité en début 2016 le livre Écolonomie de l’entrepreneur Emmanuel Druon, est à mi-chemin entre le manifeste et le guide pratique. Il promeut le développement durable de façon pragmatique, sourcée et illustrée.

L’ auteur dirige depuis une vingtaine d’années une entreprise nommée Pocheco, et l’essentiel de son livre est le conte de sa gestion. Ça n’a pas l’air passionnant ? Détrompez-vous !

Point lexique

Le néologisme, « écolonomie », est emprunté à une ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage, et synthétisé par la formule qui accompagne le livre « Il est plus économique de produire de façon écologique ». En bref, c’est une nouvelle appellation pour le développement durable.

Une entreprise qui fait rêver dans un secteur pas très coté

Pocheco évolue dans un secteur qui, a priori, ne subit pas de pressions extérieures fortes quant à sa durabilité. L’entreprise vend des enveloppes postale professionnelle … Autant dire que la compétitivité du milieu repose surtout sur le prix. En outre, ce secteur est en décroissance permanente depuis l’arrivée du numérique. Néanmoins, il s’est avéré extrêmement profitable d’opérer des changements vers un système plus durable, « écolonomique ».

Pocheco est maintenant une entreprise « modèle » tant tout a été pensé pour améliorer l’impact de son activité sur le triptyque du développement durable : rentabilité, respect des hommes et écologie. Dans son humilité l’auteur ne présente pas son approche comme modèle, mais comme simple source d’inspiration. Mais je persiste à dire qu’un simple copier/coller, avec de légères adaptations, s’avérerait profitable à la majorité sinon la totalité de l’économie actuelle.

Ce doit être également l’avis de Cyril Dion. Effectivement, en plus d’éditer ce livre dans la collection Domaine du Possible chez Actes Sud, qu’il dirige, il présente Pocheco dans le documentaire qu’il a réalisé, Demain. Une autre preuve que ce livre et l’entreprise qu’il dépeint peut susciter un certain enthousiasme !

Éclectisme

Chaque chapitre commence par une citation, et l’éclectisme des sources montre bien l’ouverture de l’auteur. Elles vont du Comissariat général du Développement Durable à Albert Einstein, en passant par l’architecte Ludwig Mies Van Der Rohe, pour s’achever sur Victor Hugo.

La préface est quant à elle rédigée par Rob Hopkins, enseignant en permaculture et initiateur du mouvement international des villes en transition, Même si la complémentarité du projet d’entreprise et de cette personne engagée dans la transition peut paraître évidente, créer ce type de pont ne fait qu’accroître la cohérence de l’initiative.

Ces influences variées soulignent bien la quête d’inspirations transversales, qui a permis à Pocheco de trouver des solutions durables créatives. Cette transversalité est un élément clé de l’écolonomie, qui demande de garder une visibilité sur l’ensemble des incidences de l’entreprise.

Il est donc primordial de croiser les sources, dans la réflexion comme dans la chaîne de production. Ainsi les différents services de Pocheco travaillent main dans la main, pour que les décisions de gestion soient les plus pertinentes possibles.

Un livre optimiste …

J’ai entendu l’auteur dire qu’il avait « l’énergie du désespoir ». Malgré cela, je considère cet ouvrage comme résolument optimiste. Et pas de cet optimisme béat qui se complaît dans l’inaction. Non, un optimisme engagé, qui prouve que ce qu’il souhaite est possible.

Les espoirs et les aspirations de ce livre sont inscrits dans le réel, et sont pris comme des responsabilités personnelles. L’approche proposée est exempte de tout attentisme. Même si des critiques adressées aux pouvoirs publics apparaissent en filigrane, la démarche prônée est de toujours agir sur ce que l’on peut changer. Cette philosophie est en accord avec Ce qui dépend de nous, d’Épictète, un chef d’oeuvre stoïque que je recommande à tous les convaincus du développement durable qui se sentiraient désemparés.

… et poétique

Cette vision pragmatique ne néglige pas le beau pour autant. En effet, on sent dans les propos de l’auteur que l’idéal vers lequel il tend ne repose pas simplement sur les principes de durabilité. Il englobe une dimension plus globale et philosophique.

Les analogies avec différents systèmes du vivant ainsi que les analyses sociales pleines d’humanité, tendent vers une prose proche de la poésie.

Ce rapport au beau transparaît également dans le choix de mettre l’usine en harmonie avec son environnement. Des parois boisées et des murs végétaux l’intègre au cadre rural du village de Forest-sur-marque où elle se situe.

À qui s’adresse Écolonomie ?

  • Aux entrepreneurs (adeptes du développement durable ou pas).

En tant que chef d’entreprise, la lecture de ce livre ne peut laisser de marbre et il y a fort à parier que certaines de ses idées commence à vous démanger avant même de l’avoir achevé. Rien de révolutionnaire d’un point de vue technologique, certes. Mais cette approche pleine de bon sens est souvent si éloignée des dogmes économiques actuels, qu’elle peut chambouler vos croyances.

Ce livre regorge d’idées pour faire évoluer votre business dans le bon sens, vers plus de rentabilité et plus de responsabilité.

  • Aux consommateurs avertis (désespérés ou pas).

En effet, on comprend bien vite que l’injonction qui voudrait que création de valeur et nocivité aillent de pair est fausse, voire contradictoire. On se sent alors légitime, en tant que consommateur, à demander des produits fabriqués plus sainement. On s’aperçoit que cela profiterait en fait au plus grand nombre, y compris dans l’entreprise.

Ce livre donne des clés de compréhension pour mieux appréhender ce qui se joue derrière nos produits.

En bref, c’est un livre qui pourra convaincre les sceptiques, donner de l’espoir aux désabusés, et surtout, inspirer de nouvelles idées à tous.

DLE

Dédé L'Élégant

Passionné de développement durable et d'entrepreneuriat depuis plusieurs années, je suis en recherche permanente de solutions pour mieux consommer et mieux produire. Et je vous les partage ici.

1 réponse

  1. 7 mars 2018

    […] tout en minimisant sa consommation de ressources. C’est une thèse bien expliquée dans Écolonomie d’Emmanuel Druon : il est plus économique de produire de façon […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *